La langue vietnamienne dans le réseau de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger
La rentrée scolaire est désormais derrière nous et Jaime Peypoch, conseiller des Français de l’étranger et président du conseil consulaire de Ho Chi Minh-Ville, a souhaité aller à la rencontre des établissements français du Vietnam et de celles et ceux qui les font vivre. Il a déjà eu l’occasion d’échanger avec le nouveau directeur pédagogique de l’école primaire Boule & Billes, le directeur de la Petite École de Ho Chi Minh-Ville et de Hanoï, ainsi qu’avec la nouvelle proviseure du lycée français international Alexandre-Yersin à Hanoï. Ces échanges se poursuivront avec le proviseur du lycée français international Marguerite-Duras, ainsi qu’avec le directeur de l’école Saint-Ange. Les établissements français jouent un rôle essentiel pour notre communauté. Ils assurent la continuité de l’enseignement français, transmettent une langue, une culture, mais aussi les principes et les valeurs portés par l’enseignement français à l’étranger.
Ces rencontres viennent aussi nourrir une réflexion qu’il porte depuis plusieurs années : celle de la place que doivent occuper, au sein de l’enseignement français au Vietnam, la langue vietnamienne, la culture du pays et, plus largement, la préparation de nos élèves à pouvoir aussi construire leur avenir ici.
Le réseau de l’enseignement français à l’étranger accueille aujourd’hui plusieurs centaines de milliers d’élèves, français comme étrangers à travers le monde. Derrière cette réalité globale se cachent cependant des situations très différentes selon que l’on vit en Europe, en Afrique, en Amérique ou en Asie. Les systèmes éducatifs locaux, les passerelles existantes et les perspectives universitaires ne sont évidemment pas les mêmes.

Après le bac : une troisième voie, au Vietnam
Au Vietnam, après le baccalauréat, la France demeure naturellement une destination majeure pour la poursuite des études, tandis que d’autres élèves se tournent vers les universités des pays anglophones. Mais une troisième voie doit être davantage pensée et développée : celle de la poursuite d’études supérieures au Vietnam.

Cette question est d’autant plus importante que toutes les familles n’auront pas nécessairement les moyens d’envoyer leurs enfants poursuivre leurs études en France ou dans d’autres pays. Le coût des études, du logement, des transports et de la vie quotidienne peut représenter un obstacle majeur. Développer des formations post-bac au Vietnam, accessibles aux élèves issus du réseau français, constitue donc aussi un enjeu d’égalité des chances.
Il faut aussi penser les perspectives qu’elles ouvrent ensuite : poursuite d’études à l’international, stages, insertion professionnelle, liens avec les entreprises françaises, vietnamiennes ou internationales implantées dans le pays. L’enjeu est de construire un véritable parcours, du lycée jusqu’à l’emploi, pour les jeunes qui souhaitent rester au Vietnam ou y revenir après leurs études dans un autre pays.
Cette orientation répond à une réalité sociale, mais aussi à une réalité économique. Le Vietnam connaît un développement rapide, une ouverture croissante à l’international et des besoins nouveaux en compétences. Pour nos élèves, et notamment pour les jeunes Français, binationaux ou Vietnamiens issus du réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), ces évolutions peuvent constituer de véritables perspectives d’avenir.
Des familles installées pour longtemps
Le profil des familles françaises au Vietnam a par ailleurs profondément évolué. Notre communauté n’est plus constituée principalement d’expatriés venant pour quelques années, parfois avec une prise en charge totale ou partielle des frais de scolarité par leur employeur. Elle compte aujourd’hui de nombreuses familles installées durablement, beaucoup de couples mixtes et d’enfants binationaux qui ont grandi au Vietnam et qui pourront souhaiter, après leurs études, y construire leur vie professionnelle.
Le vietnamien, un atout et non un complément
Si l’enseignement du vietnamien existe, dans une partie du réseau AEFE au Vietnam, il n’est pas suffisamment développé, valorisé ou pensé dans la continuité, notamment jusqu’au lycée. La découverte de la culture vietnamienne elle-même demeure parfois trop périphérique au regard de la réalité quotidienne de nos élèves et du pays dans lequel ils grandissent.
Or cette question ne pourra que prendre de l’importance dans les années qui viennent.
La maîtrise de l’anglais est bien sûr indispensable. Elle permet d’étudier et de travailler dans un environnement international et ouvre de nombreuses possibilités. Mais envisager une véritable carrière professionnelle au Vietnam sans une bonne maîtrise de la langue vietnamienne, de sa culture et de ses codes restera beaucoup plus difficile.
Pour un enfant binational en particulier, maîtriser le vietnamien à l’oral comme à l’écrit ne devrait donc plus être considéré comme un simple complément, mais comme un véritable atout pour son avenir.

Demain, nos élèves qui choisiront de revenir travailler au Vietnam seront confrontés à un environnement où les jeunes diplômés vietnamiens maîtriseront l’anglais, tout en disposant d’une connaissance complète de leur langue, de leur culture et de leur environnement professionnel. Ne pas offrir à nos propres élèves la possibilité de développer pleinement ces compétences reviendrait à les priver d’une partie des outils nécessaires pour construire leur avenir dans le pays où beaucoup d’entre eux ont grandi.
Faire évoluer le modèle sans le remettre en cause
Il ne s’agit en aucun cas de remettre en cause les fondamentaux de l’enseignement français à l’étranger, ni son excellence académique, ni sa vocation à préparer les élèves à poursuivre leurs études en France et dans le monde. Il s’agit au contraire de permettre à ce modèle de continuer à remplir pleinement sa mission en l’adaptant aux réalités nouvelles des communautés qu’il accueille.
Cela suppose notamment de réfléchir à une véritable continuité de l’enseignement du vietnamien du primaire jusqu’à la terminale, à une meilleure valorisation de cette langue dans les parcours scolaires, à davantage de liens entre langue, histoire et culture vietnamiennes, mais aussi à un développement ambitieux des passerelles post-bac avec les universités et établissements d’enseignement supérieur au Vietnam.

Ces partenariats devraient permettre d’identifier clairement les formations accessibles après le baccalauréat, les équivalences possibles, les cursus bilingues ou internationaux, mais aussi les débouchés professionnels associés. L’orientation ne doit plus seulement répondre à la question « où poursuivre ses études ? », mais aussi à celle-ci : « quelles perspectives concrètes cette formation offre-t-elle ensuite au Vietnam ? »
Une chance pour la francophonie
Cette question concerne aussi le développement du français et de la francophonie au Vietnam. Il se joue aussi dans la capacité de celles et ceux qui ont été formés dans le réseau français à poursuivre une partie de leur parcours au Vietnam, à y travailler, à y entreprendre et à y faire vivre durablement la langue française dans leur environnement professionnel et social.
Un ancien élève du réseau AEFE qui poursuit ses études au Vietnam, puis y exerce une activité professionnelle, qui crée des liens entre entreprises, institutions, universités ou associations, devient aussi un acteur concret de la francophonie.
C’est pourquoi développer les formations post-bac au Vietnam, leurs débouchés et les possibilités d’insertion professionnelle pour les élèves issus du réseau français ne constitue pas un éloignement de la francophonie. Cela peut, au contraire, devenir l’un de ses leviers de développement les plus durables.

Une porte ouverte vers la France, et un avenir possible ici
Repenser certains aspects du modèle ne signifie donc pas le remettre en cause. C’est lui permettre d’évoluer en fonction des besoins des familles, de la transformation de nos communautés et des perspectives nouvelles offertes par le Vietnam.
L’enseignement français au Vietnam doit continuer à être une porte ouverte vers la France et vers le monde. Mais il doit aussi permettre à celles et ceux qui le souhaitent de construire pleinement leur avenir ici.
C’est sans doute l’un des défis importants des prochaines années : faire de nos établissements non seulement des lieux de transmission de la langue et de la culture françaises, mais aussi de véritables passerelles entre la France et le Vietnam, capables d’accompagner les élèves du primaire jusqu’aux études supérieures et à l’insertion professionnelle, et ainsi de contribuer durablement au développement de la francophonie dans le pays.
Vérifié par l'équipe
- Au lycée français international Marguerite-Duras, le vietnamien est enseigné 2 heures par semaine dans chaque classe, de la maternelle au CM2, en groupes de niveau à l'élémentaire (site de l'établissement).
- Dans leur déclaration conjointe du 11 septembre 2026, la France et le Vietnam se sont engagés à soutenir l'enseignement du français au Vietnam, et ont salué l'installation de l'Université des sciences et des technologies de Hanoï (USTH), université franco-vietnamienne, sur son nouveau campus en 2028.
- Près d'un Français de l'étranger sur trois est binational : 32,3 % en 2025 selon le rapport du Gouvernement.
Pour aller plus loin
- Compte rendu du webinaire — L'avenir de l'enseignement français à l'étranger
- Bourses scolaires 2026-2027 au Vietnam : 2e campagne ouverte
- Lettre de rentrée 2026 aux Françaises et aux Français du Vietnam
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Il y a aussi des familles expatriées qui changent de pays. Celles ci n’ont peut être pas envie d’apprendre intensivement le vietnamien au détriment d’une autre matière.
Les établissements sont bien internationaux : français, anglais et langue pays hôte. Par ailleurs c’est peut être l’organisation des cours de langues qui pourrait être revue. Quand nous sommes arrivés notre plus jeune était inscrite pour faire vietnamien mais comme elle est arrivée en 3eme, beaucoup avait commencé et il n’y avait pas de groupes de niveaux. Conclusion : elle n’a pas pu apprendre la langue. Regrettable !
Très intéressant ! Au moins une option de 3 à 4 heures par semaine jusqu’au bac de Vietnamien pour ceux qui le désirent !